Nom de code : MISSION AESH

Inclusion et AESH, une série à suspens inspirée de faits réels ! Si si c'est réel, vous ne rêvez pas !

Et la première place du podium revient au département de l’Aube pour « Nom de code: MISSION AESH ». Une comédie dramatique produite par le Rectorat de Reims et réalisée par la DSDEN de l’Aube.

La plus haute marche, rendez-vous compte ! Cela pourrait paraître surprenant mais c’est incontestablement mérité.

Spoiler Alert !


Ahhh, je ne résiste pas à l’envie de vous en dire plus sur ce long métrage ! Long métrage qui pourrait très bien se transformer en série de 25 saisons tant il y a possibilité de développer, ou plutôt en SAGAA, si j’osais le jeu de mots (le SAGAA étant le nouveau Service Académique de Gestion des AESH et des AED)

Il y avait bien eu quelques prémices mais tout commence réellement en février 2005 par une loi qui pose les bases : définition du handicap, notion d’inclusion des élèves en situation de handicap et d’accompagnement adapté.

Le décor est planté, gros plan sur la publication du journal officiel. Tout est à construire mais on va se donner les moyens, c’est une super-production, il y aura des acteurs, et des bons pour garantir le succès ! Des moyens, du matériel et un sacré coup de projecteur. On pourra même se permettre un certain nombre de figurants sans risquer de gréver le budget.

Forcément, au départ, malgré l’enthousiasme général, ça tâtonne, ça peine à se mettre en place et c’est normal car même les bons acteurs ont besoin de peaufiner leur rôle, de s’adapter. S’adapter c’est d’ailleurs le leitmotiv de ce film.

Ça prend du temps mais ça se dessine tout de même et le spectateur garde les mains jointes, les yeux rivés sur l’écran, suspendu à chaque changement d’acronyme, de cadre de gestion, à chaque nouvelle mesure annoncée.

Elle va bien finir par arriver cette scène magique, celle qui nous fait monter les larmes aux yeux, celle où chaque élève en situation de handicap pose fièrement avec Son AESH, encadré par une équipe enseignante solide et rassurante, entouré de ses camarades épanouis et souriants, en milieu ordinaire mais pas si ordinaire que ça. Un milieu adapté, un milieu inclusif qui permet à tous les élèves porteurs ou non de handicap de se sentir à sa place et en sécurité à l’école !

Déception !


Mais le temps passe, les années défilent en minutes d’images, rien ne bouge. Pierre ne posera pas avec Marie, son AESH car malgré sa notification d’accompagnement individuel, il doit la partager avec 2, 3 voire 4 élèves, qui pour certains, ne sont carrément pas dans la même école que lui. De toute façon, le contrat à 50% de Marie ne lui permet déjà pas de couvrir ses 24h de classe, alors…

Il ne posera pas non plus encadré par des enseignants solides et rassurants car ils sont pour beaucoup en souffrance, maltraités par un système qui leur en demande toujours plus avec toujours moins de moyens.

Par contre on garde le sourire des élèves parce que ça, on n’a vraiment pas envie d’y toucher. Mais on souligne leur capacité extraordinaire de résilience, car à 25/30 par classe pour se concentrer et apprendre c’est quand même pas de la tarte, surtout quand le professeur est absent et qu’il n’y a pas de remplaçant. Ils auraient vraiment de quoi faire une tête de trois pieds de long!!

On ressort déçu. Le film n’a pas tenu les promesses de sa bande annonce. Force est de constater que les choses n’ont pas vraiment évolué comme promis, attendu, espéré ??

Finalement, le film ne raconte que l’histoire tristement banale d’Accompagnants d’Élèves en Situation de Handicap (AESH) : leur métier qui n’est en fait qu’une fonction, leurs conditions de travail qui sont tout sauf respectueuses des agents comme des élèves à besoins particuliers et leur/s misère/s, au singulier comme au pluriel.

Les AESH qui sont les acteurs de premier plan n’ont que rarement eu leur texte avant le début du tournage et ont été contraints d’improviser, les formations promises ont tardé à venir, les moyens ne sont pas là mais les élèves si, et de plus en plus nombreux. Alors, conscients malgré tout de l’importance de leur rôle, ils se sont investis dans leur mission, autoformés aussi mais certains ont fini par s’y user la santé. D’autres se sont même retrouvés contraints de renoncer, faute de pouvoir vivre dignement de leur travail.

Ceux qui devaient être les « héros » du film sont devenus des intermittents du spectacle avec des contrats précaires, payés comme des figurants.

Mea culpa 🙁


Je suis désolée, je n’ai pas dû vous donner très envie d’aller voir le film. Pour me rattraper je vais vous citer quelques répliques cultes qui ont émaillé un scénario bancal mais ont eu le mérite d’y ajouter une touche comique :

« Les sorties scolaires c’est de l’aération, ce n’est pas grave si un élève en situation de handicap n’y participe pas.»

« On les a mis (les AESH) sur la formation laïcité et sur le plan Harcèlement comme ça, ça fait des formations à compter dans les heures connexes. »

« Les contrats AESH c’est majoritairement à 50% », comme le veut la règle nationale.

« Mais non Madame, on ne peut pas vous passer à 24h, on n’a pas les moyens » ou une variante: « On vous passera à 24h quand il y aura des besoins réels » ou encore « On va vous donner 2 élèves de plus à gérer, comme ça vous aurez plus de chance d’obtenir votre augmentation de quotité. »

« Bon, pour le passage à 24, on axe sur les AESH les plus expérimentées et qui apportent de réelles compétences, parce que franchement…! »

« Vous êtes à 5 ans de contrat CDD et on ne vous a pas encore proposé le CDI qui doit l’être au bout de 3 ans ? Patientez, ça viendra ! »

« Alors, pour les heures de fractionnement, c’est le flou artistique, donc on botte en touche. »

« Priorité des priorités, on couvre les notifications individuelles, tant pis pour les mutualisés. Allez, ça leur fera 3h d’accompagnement à la louche, ça ira. Et puis s’il le faut, on retire des heures à certains pour donner aux autres. »

« Tiens, tant qu’on y est, pour assurer nos arrières on va demander aux enseignants de faire signer aux parents une sorte de décharge stipulant qu’ils se contentent des quelques heures qu’on accorde à leur enfant. »

Et sans doute ma « préférée », celle entendue très souvent, trop souvent, pour justifier les contrats à 19h35 : «  Oui bon, ça couvre pas les 24 heures de classe mais enfin, les élèves peuvent se débrouiller tout seul 4h30 par semaine quand même ! »

Clap de fin ??


Vous l’aurez compris, l’Aube mais plus largement l’académie de Reims est bien première du podium mais ans la catégorie « Mensonges et mépris ».

Fort heureusement, ce premier opus cinématographique, un peu noir, ne signe pas la fin de l’inclusion. Parce qu’en parallèle, parfois même dans l’ombre, des gens motivés et engagés, enseignants, AESH et aussi parents d’élèves continuent d’avancer et d’œuvrer pour que le 2è opus ait pour titre « l’inclusion scolaire, ça va le faire ».

Dans leur combat, ils savent qu’ils peuvent compter sur la CFDT Éducation Formation Recherche Publique qui milite pour les AESH depuis des années et par conséquent pour les enseignants et AUSSI pour les élèves en situation de handicap.

La CFDT Education Formation Recherche Publique se bat au quotidien pour que :

  • les AESH aient des contrats à 62% minimum, comme c’est le cas dans la majorité des académies y compris les académies ultra-marines.
  • les CDI soient signés sans plus attendre
  • la formation soit réelle, reconnue et qualifiante
  • les heures de fractionnement qui sont un dû soit accordées aux agents
  • Et qu’enfin, les AESH aient un statut de fonctionnaire de catégorie B.

S’il m’arrive d’être critique de cinéma à mes heures perdues, je suis surtout une AESH qui a trouvé avec la CFDT Éducation Formation et Recherche publiques, des moyens d’être entendue et surtout des moyens pour agir. En dénonçant certaines pratiques mais surtout en écoutant les collègues, en discutant, négociant, argumentant auprès des instances compétentes, notre équipe peut gagner du terrain.

P.S:

Pour ceux qui auraient des doutes, je vais quand même l’écrire : non les élèves n’arrêtent pas d’être handicapés le vendredi à midi parce qu’ils n’ont plus d’AESH !