Jusqu’où le gouvernement compte-t-il supprimer des postes, faire des annonces, ne pas les respecter et poursuivre une pseudo politique éducative sans moyens ?
Élections municipales
Les résultats du premier tour des élections municipales sont marqués par un désengagement massif des électrices et électeurs face à la question politique, même en proximité, et en certains endroits une polarisation forte. Le haut niveau d’abstention est sans doute en partie un des modes d’expression politique d’une forme de lassitude, d’un sentiment d’abandon alors que nombre de nos concitoyens et concitoyennes ont l’impression de rester impuissants face à des situations de vie inextricables, face au constat d’une forme de recul des services publics de proximité, et des services de proximité tout court. Ces mêmes constats amènent une part grandissante des électeurs et électrices à voter pour des listes d’extrême-droite soit parce qu’ils et elles sont acquis au projet politique discriminatoire et fondé sur le rejet de la figure de l’étranger, soit parce qu’ils et elles sont hélas indifférents à la volonté de mettre en œuvre la préférence nationale dans de nombreux domaines de la vie sociale, politique et économique. Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, notre démocratie est donc en danger, et nous ne pouvons rester les bras croisés. Nous continuons toute cette semaine à agir, à dialoguer pour convaincre les citoyens et citoyennes de voter pour le second tour dès qu’il y en a un dans leur commune, à voter pour la solidarité et l’égalité des droits, et donc à refuser que leur quotidien soit dicté par des élus qui prônent l’inégalité des droits. Pour la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques, c’est aussi à l’État d’apporter des réponses à la population et en particulier à celles et ceux qui vivent des situations de fragilité, de précarité. L’État devrait apporter des réponses avec des services publics renforcés et efficaces notamment dans les endroits désertés. Au lieu de cela, le démantèlement des services se poursuit laissant place à l’isolement, à la débrouille, aux idées d’extrême droite, à la division. Notre système éducatif n’y échappe pas et la suppression des moyens qui fragilise encore davantage l’École publique contribue à la défiance de nos concitoyennes et concitoyens.
Les moyens de la rentrée
Nos équipes syndicales constatent une baisse généralisée des moyens, accompagnent des collègues en colère ou stupéfaits, y compris pour construire des actions syndicales. Les économies budgétaires ont raison de notre système éducatif dont les objectifs passent au second plan. Répondre à la logique des économies budgétaires devient la priorité du gouvernement : les suppressions de postes par milliers sont en totale contradiction avec une politique d’éducation qui permettrait de mieux accompagner tous les élèves pour qu’ils progressent dans l’acquisition des connaissances et compétences attendues au fil de la scolarité. Jusqu’où le gouvernement compte-t-il supprimer des postes, faire des annonces, ne pas les respecter et poursuivre une pseudo politique éducative sans moyens ? Ce que nos équipes syndicales constatent ce sont des suppressions de moyens même là où les effectifs d’élèves sont stables. Les moyens alloués pour les groupes de niveaux dont il avait été promis le maintien s’évaporent… Des effectifs de classes de collège augmentent passant fréquemment la barre des 30 élèves. Vous parliez d’améliorer les résultats des élèves, de lutte contre le harcèlement scolaire, d’amélioration du climat scolaire, de protection des élèves etc… ? Il était déjà difficile de mettre en œuvre les politiques prévues, mais maintenant c’est mission impossible !
À ce jour, la répartition des 300 emplois concernant les Psy EN, les infirmières et assistantes sociales ne sont toujours pas connues, ni celle des 80 emplois d’administratifs. Aucune création de poste de CPE ou d’AED n’est au budget 2026 malgré des ouvertures d’établissements alors que la présence de ces professionnels est indispensable pour favoriser un climat scolaire apaisé alors même que le ministre dit vouloir en faire une priorité.
Pour le 1er degré, nous nous attendons à des retours du même ordre après les élections municipales. Pour la CFDT, les instances de dialogue social auraient dû pouvoir commencer à travailler sur la carte scolaire avant le scrutin.
Les conditions d’enseignement se dégradent depuis plusieurs années parce que le ministère n’a jamais pris et ne prend toujours pas la mesure des besoins : des effectifs de classe allégés, des personnels de vie scolaire, de santé scolaire et de service social en nombre suffisant pour les 12 579 500 élèves et apprentis, des moyens médicaux-éducatifs permanents pour la mise en œuvre de l’école inclusive là où c’est nécessaire.
Les personnels n’en peuvent plus de se trouver empêchés dans leur travail ; en témoignent les nombreuses fiches de santé et de sécurité au travail qui ne reçoivent aucune réponse pour répondre aux situations qui nécessitent des moyens appropriés pour faire face aux difficultés rencontrées. Au lieu de cela, les personnels sont laissés dans leur désarroi… Pour la CFDT, c’est inacceptable !
Au lieu de mettre à profit la baisse démographique pour baisser les effectifs par classe et améliorer les conditions de mise en œuvre de l’école inclusive, les conditions d’apprentissage des élèves et donc leurs résultats, renforcer les équipes éducatives et de santé scolaire, les équipes administratives, vous faites tout le contraire ! Certainement parce que celles et ceux qui nous gouvernent n’ont pas idée de ce qu’est l’enseignement en 2026, de ce qu’est un élève en 2026, des besoins de notre système éducatif au XXI°siècle.
Les dynamiques actuelles conduisent à accentuer l’écart déjà grandissant de composition sociale des publics scolaires de l’enseignement public et de l’enseignement privé sous contrat. Alors que le pouvoir exécutif avait renoncé à imposer des contraintes plus fortes à l’enseignement privé sous contrat en 2023, sans régulation en termes d’obligation faites à des établissements qui ne fonctionneraient pas sans financements publics, et en termes d’ouvertures et fermetures de division, le risque d’un effacement de l’enseignement public dans certains territoires n’est pas qu’une hypothèse théorique. La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques demande donc une régulation beaucoup plus forte des moyens alloués l’enseignement privé sous contrat et un soutien budgétaire plus clair à l’enseignement public afin d’en assurer l’accessibilité à toutes les familles. La mixité sociale et scolaire au sein des écoles, collèges et lycées est aussi un enjeu démocratique et de construction de la cohésion sociale.
Les rémunérations
Depuis quelques années, le travail des personnels s’est intensifié ; on compte beaucoup sur leur bonne volonté pour que le système fonctionne et aucune mesure salariale ne vient le reconnaître. Aucune mesure de revalorisation salariale n’est prévue dans le budget 2026. De plus, les rémunérations des personnels de l’Éducation nationale sont en deçà des montants interministériels dans les différentes catégories. Il est donc indispensable de procéder à des revalorisations salariales pour reconnaître le travail et son intensification, pour amorcer le rattrapage de la perte relative de pouvoir d’achat au fil du temps et peut-être améliorer l’attractivité des métiers.
La CFDT Éducation Formation Recherche Publiques demande que des discussions reprennent pour revaloriser la part indemnitaire des rémunérations. Nous demandons une nouvelle augmentation de l’ISOE part fixe de 1300 euros bruts et des perspectives pluriannuelles pour atteindre progressivement les montants moyens indemnitaires servis aux personnels de catégorie A. De même le plan de requalification de la filière administrative doit se poursuivre et les rémunérations faire l’objet d’une convergence vers les montants servis en interministériel. L’attractivité des postes de l’Éducation Nationale est un enjeu important. Les rémunérations des personnels de santé scolaire et de service social doivent aussi bénéficier de revalorisations.
Nous demandons aussi que les métiers d’AESH et d’AED fassent l’objet d’un examen attentif des compétences professionnelles exercées et que des revalorisations soient effectuées en conséquence.
La santé au travail
L’absence de reconnaissance tant par les moyens permettant d’effectuer son travail que par des revalorisations salariales entraîne la dégradation de la santé physique et/ou mentale des personnels. Le ministère en tant qu’employeur ne remplit pas ses obligations de protection de la santé des agentes et agents. Pas de prévention avec l’absence d’élaboration des DUERP comme en attestent les bilans de la formation spécialisée ministérielle ; pas de traitement des fiches RSST pour les collègues qui, la plupart du temps, se saisissent du registre en dernier ressort.
Il est urgent que le ministère se donne les moyens d’une prévention primaire effective et les moyens pour réparer et résoudre des situations humaines difficiles.
Le plan d’actions pour l’égalité professionnelle et le plan national d’action handicap et inclusion professionnelle nécessitent des actions sur ces trois aspects que sont les moyens qui conditionnent les conditions de travail, la reconnaissance salariale et l’efficience des dispositifs de santé et de sécurité au travail.
[Par ailleurs, une déclaration est lue au nom de l’intersyndicale sur la situation des AESH.]