Sécurité en labo, de quoi parle-t-on ? Entretien avec Noura Sekat

La sécurité en labo est une question fondamentale pour les personnels et pour les élèves. Quelle est la situation dans les établissements scolaires ?

La sécurité en labo est un sujet dont s’empare tout particulièrement la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques qui, dans le cadre, notamment, de sa semaine d’action « Notre travail, parlons-en ! », a lancé une enquête Sécurité auprès des agent·e·s de laboratoire pour mieux cerner la réalité de leurs conditions de travail.

sécuritéSur cette question, Noura Sekat a témoigné dans le dossier de notre Supplément à CFDT Magazine no 522 de janvier 2026.
Noura Sekat est technicienne de recherche et de formation classe exceptionnelle. Titulaire d’un BTS qualité dans les produits agroalimentaires, elle a exercé en laboratoires de physique-chimie, sciences et vie de la Terre, microbiologie et biotechnologies. Elle est militante à la CFDT Éducation Formation Recherche Publiques de l’académie de Versailles.

En 26 ans de carrière, j’ai observé que beaucoup de collègues, notamment les plus jeunes, manquent de formation et de pratique en matière de sécurité

En quoi consiste le travail en laboratoire dans un lycée ?

Le travail s’effectue avec des élèves de première et de terminale, et des étudiants de BTS – évidemment en lien étroit avec les enseignants. Les techniciens de laboratoire préparent les travaux pratiques : commandes, choix et mise à disposition du matériel, préparation de cultures et d’organismes vivants (micro-organismes, bactéries, cellules), en respectant des protocoles stricts de conservation et de sécurité. Ils conseillent les enseignants, notamment les entrants dans le métier, sur la gestion des déchets, la manipulation de produits chimiques et les règles de prévention. Ils doivent savoir proposer des produits ou protocoles de substitution aux produits cancérigènes, mutagènes et reprotoxiques (CMR). Enfin, ils forment également élèves et étudiants aux bons gestes techniques.

Tu as proposé une formation destinée à tes pairs. De quoi s’agit-il ?

En 26 ans de carrière, j’ai observé que beaucoup de collègues, notamment les plus jeunes, manquent de formation et de pratique en matière de sécurité, y compris biologique (choix de gants adaptés aux produits à manipuler, usage des hottes ventilées, préparations des expériences sous de bonnes conditions…). J’ai proposé une formation, qui a été validée par les inspecteurs et inscrite sur le portail de l’école académique de la formation continue (EAFC) du rectorat de Versailles. Les deux premières sessions, de 16 places chacune, ont affiché complet – preuve que cela répondait à une attente. Le rectorat m’a ensuite sollicitée pour une formation d’initiative locale (FIL), toujours sur la sécurité en laboratoire, coanimée avec une assistante ingénieure en physique-chimie et le conseiller de prévention de l’académie.

Concrètement, que contient la formation en sécurité en SVT ?

Elle porte sur des points précis : lecture des fiches de sécurité, choix des équipements de protection, utilisation des appareils de stérilisation… J’alerte, par exemple, sur l’usage excessif de l’eau de Javel, efficace mais toxique à long terme, et recommande des alternatives comme l’achat d’un autoclave (1 500 à 4 000 €). La formation identifie les risques (stockages inadaptés de produits chimiques dangereux rangés, par exemple, dans des armoires en bois au lieu d’armoires ventilées, filtres de hottes non remplacés…) et accompagne les changements de pratiques.

en lycée général, les risques liés aux levures ou aux échantillons humains (cellules buccales…) sont parfois sous-estimés

Longtemps, il n’existait pas de formation à la prise de poste en laboratoire dans les établissements scolaires. Des accidents ont conduit les inspecteurs à réagir, mais beaucoup de personnels restent insuffisamment formés – par exemple, en lycée général, les risques liés aux levures ou aux échantillons humains (cellules buccales…) sont parfois sous-estimés.

Faute de matériel, certains collègues bricolent des outils inadaptés et dangereux (des scalpels avec des bâtonnets, des lames de rasoir et du scotch !). La formation aide à prendre conscience des pratiques inappropriées, des dangers à long terme (atteintes respiratoires, cancers), rappelle la responsabilité vis-à-vis des élèves et donne aux collègues les arguments pour des équipements nécessaires. L’objectif est de les rendre autonomes et acteurs de la prévention.

As-tu été accompagnée pour débuter en formation d’adultes ?

Non, je me suis appuyée sur mon expérience. J’ai formé de nombreux adjoints techniciens de recherche et de formation (ATRF). Connaissant leurs difficultés, j’ai pu construire le contenu à partir de leurs besoins.

Enfin, on acquiert en faisant : lors de la première formation, beaucoup de questions m’ont été posées, et je sais maintenant comment améliorer les prochaines sessions.

Un mot sur tes débuts comme formatrice sur les questions de la sécurité en laboratoires d’éducation ?

Je me suis sentie à ma place. Mon engagement syndical m’a aussi aidé à accompagner et conseiller. Toutefois, animer six heures face à un public adulte demande beaucoup d’énergie et de préparation : capter l’attention, structurer les contenus, anticiper les questions… C’est exigeant, mais stimulant !

 

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