La Laïcité, principe fondamental et essentiel à notre société, est à transmettre à nos élèves. Mais quand les institutions s'en mêlent, cela fait perdre l'envie aux enseignants de s'engager dans des actions...
La pression grandissante sur les enseignants face aux exigences du 120ᵉ anniversaire de la loi de 1905
À l’occasion du 120ᵉ anniversaire de la loi de 1905 sur la laïcité, de nombreuses écoles ont été invitées – voire fortement encouragées – à organiser des actions pédagogiques. En apparence, l’objectif est noble : rappeler les valeurs républicaines, encourager la réflexion citoyenne et faire vivre un principe structurant de l’école publique. Mais derrière cette ambition se cache une réalité bien plus lourde pour de nombreux enseignants, déjà éprouvés par un quotidien professionnel exigeant.
Des injonctions anticipées et précises
Cette année, les demandes institutionnelles se sont faites exceptionnellement précoces. De la sous-préfecture aux directeurs, les consignes descendent avec une précision inhabituelle : il est demandé aux équipes enseignantes de prévoir bien en amont les activités qu’elles comptent mener, et d’en fournir un compte rendu ou un descriptif détaillé.
Dans certains établissements, ces remontées doivent être effectuées plusieurs semaines avant la date prévue. Les enseignants doivent ainsi anticiper des projets pédagogiques encore flous, tout en continuant à gérer leurs programmations habituelles, leurs obligations administratives et les imprévus du quotidien scolaire.
Un sentiment d’injonction permanente
Pour beaucoup d’enseignants, cette démarche s’ajoute à une longue liste de sollicitations institutionnelles déjà nombreuses : journées commémoratives, projets territoriaux, évaluations nationales, dispositifs de prévention, actions citoyennes… L’impression générale est celle d’une injonction constante à « faire » toujours plus, souvent sans moyens supplémentaires et sans allègement du reste.
Certains témoignent d’un malaise croissant : la laïcité, pourtant principe fondamental, se retrouve vécue non comme une valeur à transmettre sereinement, mais comme une commande politique à honorer coûte que coûte. L’esprit de la loi de 1905 – garantir la liberté de conscience et la neutralité de l’État – semble parfois s’effacer derrière une logique administrative, normative et descendante.
Des tensions entre confiance et contrôle
La multiplication des demandes de remontées hiérarchiques nourrit aussi un sentiment de surveillance. La question n’est plus tant : « Que souhaitez-vous travailler avec vos élèves au sujet de la laïcité ? », mais plutôt : « Qu’avez-vous prévu ? Envoyez la fiche, la programmation, les supports. »
Cette approche renforce l’idée que la confiance envers les enseignants s’amenuise de plus en plus. Les professionnels, pourtant experts de leur classe et de leurs pratiques, se retrouvent obligés de justifier à l’avance leurs actions, comme si leur engagement naturel ne suffisait pas.
Quel impact sur le sens de l’événement ?
Au final, cette pression risque d’obtenir l’effet inverse de celui recherché. Loin de susciter un travail authentique autour de la laïcité, elle peut amener certains enseignants à préparer une activité par obligation plutôt que par conviction, ou à proposer des actions « formatées » simplement pour répondre aux attentes administratives.
Or, la laïcité gagne à être pensée, discutée, contextualisée. Elle ne peut devenir un simple rituel institutionnel vidé de son sens.
Conclusion : redonner de la confiance pour redonner du sens
Si le 120ᵉ anniversaire de la loi de 1905 représente une occasion précieuse d’éduquer, de débattre et de comprendre un pilier républicain, cette ambition pourrait se réaliser plus sereinement si les enseignants bénéficiaient de davantage de confiance, de souplesse et d’autonomie.
La laïcité est un principe vivant : pour qu’elle continue de l’être à l’école, il est essentiel que ceux qui la transmettent puissent le faire avec liberté pédagogique, créativité et conviction — et non sous la pression des échéances administratives.